Cameroun: Les recettes pétrolières en chute
Selon la Snh, la contribution de l'exploitation de l'or noir au budget de l'Etat a baissé de près de 50% en 2009. La société d'Etat n'a versé au Trésor public que de 331,7 milliards de Fcfa. Ce qui représente à peine 15% de contribution aux recettes de l'Etat.
Au cours de l'année 2008, la Société nationale des hydrocarbures (Snh) a transféré au Trésor public camerounais, au titre des revenus provenant de l'exploitation pétrolière dans le pays, la rondelette somme de 651,75 milliards de Fcfa. Sur un budget global de l'Etat du Cameroun arrêté cette année-là à près de 2400 milliards de Fcfa après un collectif budgétaire qui avait augmenté l'enveloppe initiale de plus 300 milliards de Fcfa, la manne pétrolière contribuait ainsi à près de 30% à l'enveloppe budgétaire nationale. Au cours de l'exercice budgétaire 2009, à en croire un communiqué rendu public hier par la Snh, les transferts de cette société d'Etat au Trésor public n'ont été que de 331,7 milliards de Fcfa, soit une baisse drastique de près de 50% ; ce qui représente à peine 15% de contribution aux recettes de l'Etat.
Si l'on s'en tient au communiqué de la Snh, cette réduction importante des recettes pétrolières est la conséquence d'une conjoncture internationale "morose en 2009" qui a "fortement affecté l'activité de la Snh", à travers notamment "les investissements dans l'amont pétrolier qui ont diminué de 32,20%" du fait de la "crise financière internationale et de l'insécurité dans les zones d'opération". Cet environnement a eu pour corollaire la baisse de la production nationale de 13,08% "en raison du report de plusieurs projet de développement". Et pour ne rien arranger à cette conjoncture déjà défavorable à l'optimisation de la production pétrolière nationale en 2009, souligne encore la Snh, "les quantités de pétrole brut vendues par la Snh ont diminué, tandis que le prix moyen de vente, lui, a carrément chuté de 35,33%, pour se situer à 59,75 dollars par baril, contre 92,39 dollars en 2008".
Mais au-delà de la conjoncture internationale incriminée par la Snh, force est tout de même de constater qu'en l'espace de 20 ans, la production pétrolière nationale a pratiquement diminué de moitié, passant de plus de 9 millions de tonnes en 1985/1986 (le pic de la production nationale) à moins de 6 millions en 1993, avant de se stabiliser en 2005 autour de 5 millions de tonnes, soit environ 30 millions de barils l'an, selon les statistiques de la Snh. A ce rythme, malgré les nouveaux permis d'exploration délivrés l'année dernière, de même que "la mise en production des champs Dissoni et Mvia" que projette la Snh en cette année 2010, il est à craindre que les recettes pétrolières ne soient plus la perfusion inouïe qu'elles ont toujours été pour les finances publiques camerounaises.
Nouvelles pistes de financement
Et pour cause, même si la production locale venait à prendre un nouveau coup de fouet cette année, la conjoncture internationale autour de l'or noir est devenue tellement incertaine qu'elle échappe désormais aux prévisions les plus affinées. Pour preuve, alors que ce secteur au Cameroun a pratiquement battu les records de performances en 2008 en contribuant à hauteur de 651 milliards de Fcfa au budget de l'Etat (contre 274 milliards de Fcfa en 2003 et 2004, 380 milliards de Fcfa en 2005, 549 milliards de Fcfa en 2006 et 504 milliards de Fcfa en 2007) du fait d'une conjoncture internationale favorable ; la production pétrolière camerounaise vient de livrer, 12 mois seulement après, ses plus mauvais résultats depuis 2005, année où les transferts de la Snh au Trésor se sont élevés 380 milliards de Fcfa seulement. Est-ce entre autres choses cette incertitude au sujet des retombées réelles de la manne pétrolière, voire l'amenuisement progressif de la production pétrolière nationale ; qui a poussé le gouvernement camerounais à envisager désormais de nouvelles pistes de financement des besoins de l'Etat?
En tout cas, l'emprunt obligataire de 200 milliards de Fcfa que se propose de lancer l'Etat du Cameroun cette année peut bien être perçu comme une solution à la réduction drastique des recettes pétrolières, lesquelles sont projetées cette année à 407 milliards de Fcfa. Soit un peu plus de 20 milliards de Fcfa en plus par rapport aux recettes engrangées en 2005 (380 milliards de Fcfa) et 244 milliards de Fcfa en moins par rapport aux retombées de 2008. Cette baisse de 244 milliards de Fcfa sur la contribution des recettes pétrolières au budget de l'Etat en 2010 par rapport à l'exercice 2008 représente, calculette en main, à peu près les budgets cumulés du ministère des Enseignements secondaires (qui détient la plus grosse enveloppe budgétaire du pays avec 208 milliards de Fcfa cette année) et du ministère de l'Energie et de l'Eau (40 milliards de Fcfa). Deux départements ministériels stratégiques dans la lutte contre la pauvreté au Cameroun.
Brice R. Mbodiam
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